
Une annonce présidentielle qui suscite des réserves
La décision du président Bassirou Diomaye Faye d’inscrire le Sénégal dans le Cadre commun du G20 pour le traitement de sa dette a provoqué une réaction critique de la part d’Abdourahmane Sarr, ancien ministre de l’Économie et président du CEFDEL. L’officialisation de cette orientation, faite à l’occasion d’entretiens médiatiques récents, contraste selon lui avec des messages tenus lors de la visite présidentielle à Washington.
Contestations sur le diagnostic économique
Sarr conteste le diagnostic selon lequel la dette sénégalaise exigerait nécessairement un traitement impliquant des concessions des créanciers. Il estime qu’on n’a pas suffisamment démontré qu’une trajectoire alternative, permettant de restaurer la soutenabilité sans restructuration, serait impossible.
Pour lui, la conclusion qu’une restructuration est inévitable repose sur des éléments qui méritent d’être revus et évalués plus rigoureusement.
Le contexte du programme avec le FMI
Le 1er septembre, le Sénégal et le FMI ont signé au niveau des services un accord pour un programme triennal d’environ 2,2 milliards de dollars. Ce dispositif vise à rétablir la viabilité des finances publiques et à réduire les vulnérabilités extérieures. Parallèlement, les autorités ont lancé un Plan de traitement de la dette.
Sarr note que la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, avait salué l’intention des autorités d’aborder la question de la dette, mais il maintient que le diagnostic sous-jacent au recours au Cadre commun doit être clarifié.
Refus du dilemme « restructuration ou austérité »
Contrairement à l’idée selon laquelle l’alternative serait d’un côté la restructuration et de l’autre l’austérité pour les populations, l’ancien ministre appelle à éviter ce binaire. Il plaide pour des mesures d’ajustement et une transformation de la dépense publique visant à préserver les couches vulnérables.
Il suggère notamment qu’un retour du déficit budgétaire à 3 % du PIB dès 2027 aurait pu être recherché, tout en engageant une réforme approfondie de l’efficacité des investissements et des mécanismes de dépense.
Remise en question du cadre d’analyse international
Sarr critique aussi le cadre utilisé par le FMI et la Banque mondiale pour évaluer la soutenabilité des dettes des pays à faible revenu. Il rappelle que les deux institutions ont adopté une réforme de ce cadre, destinée à mieux tenir compte de la diversité des modes de financement, laquelle doit être mise en œuvre progressivement dès 2027.
Selon lui, l’application du nouveau cadre pourrait modifier l’appréciation de la situation sénégalaise et il demande que l’on évalue complètement la possibilité de restaurer la soutenabilité sans recourir à une opération de traitement des créanciers.
Appel à repenser le modèle de financement
En conclusion, Abdourahmane Sarr estime que le Sénégal n’est pas engagé sur une trajectoire de rupture. Il appelle à un changement du modèle de financement du développement et à une transformation de la trajectoire budgétaire, privilégiant la réorientation et l’efficience des dépenses plutôt qu’une solution fondée d’emblée sur une restructuration.